Transport
Bruxelles : un plan de transport toujours lisible
January 5, 2026 | Xavier Fodor
Rendre la complexité compréhensible
Si la STIB utilise plusieurs solutions SIG, c’est ArcGIS Pro qui sert à gérer la complexité des plans de métro, bus et trams. La contrainte du plan schématique et dynamique : rester le plus compréhensible.
Avec ses 4 lignes de métro, 18 lignes de tramway, 54 lignes d’autobus et 11 lignes de bus de nuit, la Société des Transports Intercommunaux de Bruxelles gère la mobilité quotidienne de près d’un million de passagers. Premier opérateur belge de transport public urbain, la STIB couvre les 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale et 11 communes périphériques, soit 241,5 km².
La particularité du réseau, par rapport aux réseaux de Londres ou de Paris, est de permettre aux voyageurs de passer de manière fluide du métro, aux bus ou tramways. Ce maillage dense, multilingue et complexe est mis en scène par une seule personne, Vincent Marion, info-cartographe à la STIB, à travers un plan schématique et dynamique conçu avec les solutions ArcGIS d’Esri.
« Globalement, ce que les gens voient du plan du réseau, ce sont des affiches ou des plans imprimés. Mais derrière, il y a du SIG ». Le paradoxe étant qu’à l’heure du Smartphone et des itinéraires calculés sur un fond carto de type Google, la carte reste un support essentiel de communication. Elle est diffusée sur le site et l’application mobile, mais aussi affichée dans toutes les stations et abribus, soit environ 2 500 points d’arrêt.
« Même si la majorité des voyageurs utilisent aujourd’hui leur mobile, il est impossible d’enlever tous les plans papier, ça ne passerait pas », affirme le cartographe.
Un plan schématique unifié, fondé sur les données
Face à la complexité du réseau bruxellois, la STIB a choisi dès 2012-2013 de développer un plan schématique unifié. « Nous avons voulu le rendre le plus digital possible grâce au SIG. Aujourd’hui, ce plan est édité en PDF pour l’impression, mais aussi en JSON pour une version dynamique en ligne ».
Au-delà d’un outil réactif en cas de perturbation, il produit un support lisible pour les voyageurs. « En cas d’incident, de travaux ou de grève, je mets à jour une simple table ArcGIS et le plan est directement édité avec les lignes qui roulent ».
Les mises à jour se font dans la géodatabase, à partir de tables attributaires qui alimentent les couches de lignes et d’arrêts. base relationnelle centralise les entités (lignes, arrêts, correspondances, points d’intérêt) et gère leurs relations topologiques. Elle constitue le référentiel unique sur lequel s’appuient toutes les cartes diffusées par la STIB.
Les exports sont ensuite automatisés en PDF et JSON, sans retraitement graphique : ArcGIS gérant la cohérence visuelle et les légendes entre supports.
Automatiser pour gagner en cohérence
Esri BeLux accompagne la STIB sur la veille technologique, la formation et la configuration des outils SIG. Le dispositif repose sur ArcGIS Pro, ArcGIS Online et un modèle de données structuré. ArcGIS Pro gère les styles symboliques et les règles cartographiques qui assurent la cohérence graphique du réseau (épaisseur des traits, halos, typographie).
« Cela nous fait gagner un temps colossal, illustre Vincent Marion. Si une ligne change de couleur, je le modifie une fois dans la donnée, et tous les plans sont mis à jour ». Le cartographe limite ainsi le recours à Adobe Illustrator et automatise la production avec cette idée : « que ce soit la donnée qui pilote, et non le dessin manuel ».
Le même principe s’applique aux plans de quartier, générés à partir d’Urbis, la Web Map de référence du centre d’informatique régional (CIRB/BRIC). ArcGIS Pro exploite ici la fonction “Map Series” pour créer automatiquement les plans localisés par station, en ajustant emprise, légende et libellés selon le secteur concerné.
ArcGIS tient aussi compte du contexte linguistique et le plan du réseau est disponible en français, néerlandais et anglais. « La Belgique impose un cadre strict, un peu complexe aussi, sourit Vincent Marion. Dans les communes flamandes où passent certaines lignes, seul le néerlandais est autorisé, mais dans les communes à facilités, il doit apparaître en premier, suivi du français. En Région bruxelloise, l’anglais est ajouté dans les documents, mais les noms d’arrêts restent bilingues, par exemple “Gare du Midi/Zuidstation”. »
L’accessibilité PMR est un autre défi. « Nous avons intégré sur le plan dynamique trois niveaux : non accessible, accessible avec assistance et en autonomie. Ces informations, stockées dans ArcGIS, permettent d’afficher dynamiquement le niveau d’accessibilité sur le plan et, à terme, de les relier à des données en temps réel (pannes d’ascenseurs, chantiers, etc.) en intégrant des flux GTFS-RT (General Transit Feed Specification – Real Time) au sein de services web ArcGIS. Il faudra cependant gérer le fait que les arrêts de surface restent la propriété des communes. »
Les plans papier restent essentiels
Si le plan dynamique est consultable en ligne, il reste massivement diffusé en version papier. « Chaque année, nous imprimons environ 100 000 exemplaires, distribués dans les stations, hôtels ou points de vente. » Dans une ville au maillage hérité du Moyen Âge, la lisibilité reste essentielle. Certaines signalétiques, comme l’affichage de lignes de bus parallèles, doivent encore être retouchées manuellement.
Le plan utilisé dans l’application mobile reste pour l’instant un simple dessin superposé à la base géographique, sans interactivité SIG. Là-encore, Vincent Marion rappelle ce qui guide son travail : « le besoin de clarté et d’information la plus sobre, la plus simple et la plus compréhensible possible pour le client. »