Transport
Bruxelles : le SIG au cœur des flux portuaires
3 juin, 2026 | Xavier Fodor
Le Port de la capitale belge met en ligne une cartographie fluviale dédiée aux acteurs de la construction et de la logistique. Ce nouvel outil s’appuie sur le SIG devenu central pour structurer les données et accompagner les usages métiers du Port.
Approvisionner un chantier en matériaux tout en réduisant le trafic urbain : c’est l’objectif de la nouvelle cartographie fluviale du Port de Bruxelles. Pensé comme un outil d’aide à la décision, ce dispositif permet d’identifier les producteurs de matériaux, les points de transbordement et les opérateurs actifs sur le réseau fluvial belge, avec une extension progressive vers le nord de la France et le sud des Pays-Bas.
L’idée du Port est ainsi de faciliter le recours à la voie d’eau pour des flux supérieurs à 1.000 tonnes et d’encourager un report modal dans un contexte urbain dense.
« C’est un outil qui permet à quelqu’un qui n’y connaîtrait pas grand-chose de voir qu’il y a des possibilités pour ces transports », explique Sylvain Godfroid, porte-parole du Port de Bruxelles.
En centralisant ces informations, la carte vise à rendre plus lisibles les chaînes logistiques et aide à promouvoir un mode de transport limitant les flux routiers et les émissions. C’est d’ailleurs toute la philosophie de ce port, dont l’histoire remonte au XVIe siècle avec le canal de Willebroek reliant Bruxelles à l’Escaut. Une vocation qui se prolonge aujourd’hui dans un objectif stratégique : renforcer le recours à la voie d’eau pour les flux logistiques urbains.
Derrière cette application hébergée sur la plate-forme ArcGIS se trouve un système d’information géographique devenu en quelques années un outil central pour le Port. Déployé à partir de 2016, le SIG portuaire trouve son origine dans des besoins très opérationnels.
« Au départ, il s’agissait de structurer et de centraliser l’information liée au domaine portuaire », explique Sébastien Rigaux, géomètre en charge de la gestion du patrimoine au Port de Bruxelles.
Le système répond également à des obligations spécifiques liées à la navigation.
« Nous devons modéliser précisément le canal, en intégrant largeur, profondeur, vitesses autorisées et données de bathymétrie. Cette carte de navigation électronique est embarquée à bord des bateaux et régulièrement actualisée», rappelle Didier Michels, IT Manager.
Le socle technique du SIG repose sur une articulation étroite entre AutoCAD et désormais ArcGIS Pro.
« Tout part du bureau dessin. Les plans techniques du domaine portuaire réalisés sous AutoCAD alimentent ensuite les couches SIG via des traitements automatisés », précise le géomètre qui assure le rôle de chef d’orchestre du SIG qu’il fait évoluer en parallèle de ses missions de gestion du patrimoine.
Un patrimoine portuaire valorisé et structuré
Le système constitue aujourd’hui une porte d’entrée vers un large éventail de données métiers. Il est notamment connecté au CRM Salesforce, permettant de visualiser les parcelles, les durées de concession et les surfaces occupées.
Utilisé par environ 80 collaborateurs, essentiellement en environnement desktop, le SIG est devenu un support d’analyse pour les services commerciaux, techniques et la direction.
Au-delà des données structurées, le SIG joue un rôle clé dans la valorisation d’un patrimoine documentaire exceptionnel.
« Le Port de Bruxelles conserve près de 48.000 plans papier, dont certains datent parfois de 1800, détaille Sébastien Rigaux. Une partie a été numérisée et environ 20 % sont aujourd’hui classés dans SharePoint, accessibles via le SIG. Celui-ci s’appuie sur deux grands fonds de plans correspondant aux zones nord et sud du port ».
Leur référencement permet aux équipes techniques d’accéder rapidement à des informations essentielles sur les quais et les infrastructures.
Cette dimension patrimoniale s’inscrit dans l’histoire singulière du port. Implanté sur 116 hectares, il s’organise autour d’un canal principal de quatorze kilomètres, équipé de deux écluses et de trois ponts mobiles.
Il peut accueillir des embarcations de plus de 6.000 tonnes dans sa partie maritime et jusqu’à 1.300 tonnes pour la partie fluviale, au sud. Il constitue un maillon clé de l’axe logistique entre Anvers et l’intérieur du territoire.
Le Port emploie 124 personnes et compte environ 180 clients.
« Une trentaine est directement liée à la voie d’eau, confie Sylvain Godfroid. Leurs concessions sont de très longue durée».
Le Port affiche ainsi un taux d’occupation de 78%. La majorité des surfaces vacantes concerne la location de bureaux et d’entrepôts dans un bâtiment dédié.
L’activité du port est dominée par les matériaux de construction, avec six centrales à béton le long des quais, suivis des produits pétroliers et du trafic de conteneurs.
Le SIG accompagne également la structuration interne du Port. Des sessions de formation sont régulièrement organisées dans le cadre des « Port Campus », des journées dédiées à la présentation des outils aux collaborateurs.
L’objectif est de favoriser l’appropriation progressive du système et de renforcer son usage au quotidien.
«Souvent, quand on pose une question, le SIG va y répondre », résume Sébastien Rigaux.
Avec la mise en ligne de cette cartographie fluviale des matériaux, le Port de Bruxelles ouvre désormais une partie de son système d’information vers l’extérieur. Une évolution qui illustre la montée en puissance des SIG comme outils de structuration des flux logistiques et d’aide à la décision territoriale, au service d’une logistique urbaine plus durable.
Lien vers application
Logistique fluviale dans le secteur construction - Binnenvaartlogistiek in de bouwsector