Services d'urgence
Le SIG en boussole de la stratégie opérationnelle du CGDIS
12 januari, 2025 | Xavier Fodor
Planifier, analyser, anticiper : la cartographie est devenue un outil de commandement pour les secours luxembourgeois. De la 3D aux données temps réel, le SIG accompagne chaque étape du secours.
Le Corps grand-ducal d’incendie et de secours (CGDIS) est une jeune structure créée en 2018. Elle a unifié sous une même bannière les services d’incendie et de sauvetage communaux, le Service incendie et ambulance de la Ville de Luxembourg, les pompiers aéroportuaires, le service d’aide médical urgente SAMU et les unités de la protection civile du Grand-Duché.
Son objectif consiste bien évidemment à offrir une réponse opérationnelle coordonnée à l’échelle du Luxembourg et le SIG se place au cœur de cette stratégie.
Au sein de la Direction de la stratégie opérationnelle, le service cartographie et analyses joue un rôle central d’aide à la décision, depuis la planification des moyens jusqu’au retour d’expérience des interventions. C’est le Lieutenant Gilles Lavandier qui le dirige. «J’ai été le premier à faire du SIG au sein du CGDIS», raconte-t-il. Arrivé en 2018 comme stagiaire dans le cadre de ses études en sciences environnementales à Fribourg (Allemagne), il a peu à peu structuré ce qui allait devenir un service à part entière. «Au début, tout était à construire : les méthodes, les bases de données, les cartes de référence…». Très vite, son double profil de géomaticien et de pompier s’est révélé précieux. «Être officier m’aide à comprendre la réalité du terrain : les abréviations, les habitudes des équipes, la logique d’une intervention. Cela change tout dans la façon de produire, en tant que géomaticien, une carte opérationnelle», affirme Gilles Lavandier.
Depuis, localisé au Centre National d’Incendie et de Secours au sud de la capitale, le service rattaché au département Planification de la Direction de la stratégie opérationnelle s’est étoffé avec quatre agents. Leur mission : alimenter, fiabiliser et diffuser la donnée géographique dans tout le réseau des secours. «Notre rôle est d’apporter une vision claire à chaque niveau de commandement, qu’il s’agisse d’un chef d’agrès sur le terrain ou d’un planificateur à la direction», résume le chef du service.
Un GéoPortail pour centraliser le SIG
Avec plus de 70.000 interventions par an, réparties sur quatre zones et quatorze groupements, le CGDIS s’appuie sur la donnée spatiale pour analyser la couverture du territoire et ajuster ses moyens. Le SIG est notamment utilisé dans le Plan national d’organisation des secours (PNOS) pour représenter les risques, modéliser les délais d’intervention ou simuler les zones de couverture.
«Nous pouvons visualiser les risques (sites industriels, infrastructures de transports, réseaux d’énergie, établissements publics…), et les ressources nécessaires à la conduite des opérations de secours, les hydrants, les voies d’accès. En somme, tout ce qui influence la rapidité et la sécurité d’une opération».
Les analyses produites servent autant aux unités de planification qu’aux décideurs. Taux de couverture, densité de population ou encore cartographie des sirènes, chaque indicateur peut être représenté visuellement. «Le SIG nous permet de quantifier et d’objectiver des décisions. C’est plus simple d’argumenter le déplacement d’une caserne ou d’ajouter une ambulance, quand les chiffres et les cartes parlent ensemble», souligne le Lieutenant.
Lors de la création du service, la difficulté principale ne résidait pas dans l’outil, mais dans les données. «Les informations existaient, mais elles étaient éparpillées dans des fichiers Excel, des bases internes ou des documents PDF. Certaines bases n’étaient pas interconnectées, d'autres devenaient rapidement obsolètes». Face à ce constat, le service cartographie a progressivement centralisé les données nécessaires au fonctionnement opérationnel. La mise en place d’un SIG unique a aussi permis d’harmoniser les référentiels et de préparer la construction d’un GéoPortail CGDIS destiné à devenir la porte d’entrée cartographique de l’ensemble des services.
Ce portail a été conçu pour répondre à trois objectifs issus de la stratégie interne. D’abord, rendre les cartes et applications accessibles selon les profils (zones, CIS, directions), ensuite garantir la cohérence et la sécurité des données et enfin offrir des outils opérationnels directement utilisables par les unités. «Le but est que chaque acteur trouve l’information spatiale dont il a besoin, sans devoir nous solliciter systématiquement», précise Gilles Lavandier.
Techniquement, la colonne vertébrale du système repose sur ArcGIS Enterprise et ArcGIS Pro. Le CGDIS utilise également les extensions 3D Analyst, Spatial Analyst, Network Analyst et Data Interoperability. Tous ces outils sont hébergés sur les serveurs internes du CGDIS, avec une authentification sécurisée.
La 3D au service de l’analyse opérationnelle
Le Luxembourg dispose d’un modèle 3D national en CityGML, incluant bâtiments, terrain et mobilier urbain. Ce jeu de données a été intégré dans l’infrastructure SIG du CGDIS afin d’améliorer l’analyse des zones densément construites.
«Lors d’une intervention en centre-ville, la 3D nous aide à comprendre la complexité d’un ilot ou d’une cour intérieure. Cette information est aussi utilisée pour sécuriser les vols de drones, notamment de nuit dans les zones urbaines, illustre Gilles Lavandier. Connaître la hauteur minimale d’obstacle autour du point de départ est un vrai atout».
Par ailleurs, le service cartographie produit régulièrement des supports qui servent aux exercices de formation, notamment des simulations de crises ou des entraînements de chaîne de commandement.
«Nous partons parfois d’orthophotos captées par l’unité drone après un feu ou une inondation, et nous les réimportons dans le SIG pour recréer un scénario d’analyse».
Ce travail sert autant à la pédagogie qu’au retour d’expérience. Après un événement marquant, les données spatiales permettent de revoir le déroulé, de localiser les moyens engagés, de repérer les difficultés rencontrées et de documenter la mémoire opérationnelle. Le SIG permet de rejouer un événement et d’objectiver les décisions qui ont été prises.
Aller vers le temps réel
Le déploiement progressif du SIG a été soutenu par un accompagnement régulier d’Esri Belux. Formations, veille technologique ou participation aux Esri Days Luxembourg, le service cartographie bénéficie d’un suivi de proximité. «Nous avons toujours pu poser des questions précises et obtenir des réponses adaptées à nos besoins métiers», note Gilles Lavandier.
De même, les travaux présentés dans les événements Esri contribuent aussi à élargir la culture SIG au sein du CGDIS : «cela aide à faire comprendre aux opérationnels que le SIG n’est pas un outil d’ordinateur réservé à quelques spécialistes, mais une aide directe à la décision permettant à tous de voir la même chose et de parler le même langage géographique».
En quelques années, la cartographie est passée du rôle de support visuel à celui d’outil structurant. Le CGDIS projette désormais d’étendre les usages du SIG vers l’aide à la décision dynamique. L’intégration de données en temps réel, notamment issues des systèmes de localisation des véhicules, ou d’outils de suivi d’intervention, ouvre de nouvelles perspectives. À plus long terme, certaines réflexions s’orientent vers des formes de jumeau numérique opérationnel, capitalisant sur la 3D, les flux en direct et les analyses prédictives. «Nous ne parlons pas encore de jumeau numérique, mais l’idée de représenter une intervention dans un espace numérique interactif est clairement dans les esprits», se projette l'officier cartographe.
Son service poursuit désormais une trajectoire claire : consolider son GéoPortail, étendre les usages à toutes les unités et intégrer progressivement la donnée en temps réel pour bâtir une aide au commandement plus réactive et plus analytique. «Parce que, face à l’urgence, mieux connaître l’espace, c’est déjà gagner du temps sur l’intervention».